DIFFERENTS CAS PRATIQUES

Présentation de quelques cas pratiques: enfants, adolescents, adultes

Pablo, 9 ans

Pablo est un enfant très calme, très raisonnable et appliqué qui arrive en consultation avec ses parents car il ne peut plus dormir seul la nuit dans sa chambre située à l'étage du domicile familial. La famille souhaite comprendre les raisons de cette situation incompréhensible pour eux car aucun problème familial ne trouble cette famille à la fois proche de ses enfants et soucieuse de leur éducation.

Pablo aime dessiner et se prête vite à mes demandes: représentation des différentes situations qui lui posent problème; expression des ressentis associés. Au fil des séances, deux peurs d'agression sont rapidement identifiables: peur dans la chambre le soir, peur dans la maison alors que les parents se sont absentés. L'isolement qui y est associé et la sensation d 'enfermement avec vue sur la fenêtre sont également clairement représentés. Ainsi, le fait de se retrouver isolé à l'étage c'est retrouver une situation d'agression vécue par un membre de la famille - ce que la maman confirmera rapidement tout en disant avoir elle-même travailler sur ce problème très envahissant. Le seul fait de monter l'escalier est un mouvement qui réactive la peur fondamentale.  De plus, cette situation se combine à la mémoire de faits plus anciens où la maison est envahie par des agresseurs multiples alors que la famille s'est absentée: ainsi, le vécu d'un cambriolage a réactivé tout le terrain fragilisé par la mémoire de plusieurs événements traumatiques très violents.

Progressivement, le comportement de Pablo a changé. La collaboration avec la famille et la connaissance du terrain familial ont permis de réduire les tensions dues à l'incompréhension et aux sensations parentales d'être impuissants ou manipulés par Pablo. 

Adrien, 6ans1/2

Adrien arrive à l'atelier d'art-thérapie suite à plusieurs difficultés: retard de langage, attention instable, problèmes cognitifs (lecture non acquise, niveau d'écriture et de dessin nettement insuffisants en regard de l'âge, mise en place partielle de la suite des nombres etc) qui pèsent sur l'ensemble de ses résultats scolaires ainsi que le notent les différents bilans spécialisés. Adrien est pris en charge en orthophonie et ergothérapie. Il a été suivi en psychomotricité et a connu différents bilans neuropsychologiques et psychologiques.

La maman relate également ses problèmes de sommeil, Adrien n'arrive pas à s'endormir seul.

 

Les premières productions montrent des représentations qui ne correspondent pas à l'âge d'Adrien: les dessins de personnages sont très  malhabiles dans le tracé; la peinture représente des éléments informes aux contours peu nets ou aux formes très primaires.

Au fil des séances, grâce à l'utilisation des centres d'intérêt d'Adrien -qui a parlé de la Joconde lors de la première séance- et à l'emploi de moyens spécifiques qui aident à la mise en forme, pochoirs ou terre notamment, Adrien déroule progressivement une oeuvre qui met en scène des personnages ou des situations qu'il verbalise et raconte comme les épisodes d'une histoire. L'étape du modelage d'une tombe avec deux personnages marque une étape fondamentale comme un événement dont l'impact semble empêcher le processus de différenciation et d'individuation d'Adrien qui reste accroché à sa mère ou bave comme un bébé.

Les activités kinesthésiques de l'art-thérapie favorise également une conscience des mains qui s'avèrait très insuffisante. Afin de l'améliorer, une peinture avec les mains est réalisée. Adrien bougeant beaucoup et les axes verticaux étant toujours penchés, une peinture avec les pieds est également produite: elle met en lumière une conscience particulière du pied gauche et un ancrage toujours déséquilibré.

Grâce à l'action combinée de la mise en forme, de la verbalisation, de l'intervention de différents professionnels (ostéopathe, kinésiologue, orthophoniste etc.) de la coopération avec l'école et surtout avec la famille qui a révélé la trace d'événements où la mort de personnes jeunes ou bébés pèsent encore fortement, Adrien a pu progressivement évoluer de façon différenciée et individuée: il s'endort désormais seul, il parle beaucoup mieux (le langage est un acte de différenciation), il ne bave plus, il a commencé à lire et à écrire comme un enfant de début de CP. La maîtresse mesure ses progrès par rapport à l'année dernière: "Ce n'est plus le même".

Même si la prise en charge est en cours afin d'améliorer encore ce processus d'évolution, il est aujourd'hui possible de se fixer comme objectif une acquisition de la lecture et un passage au CE1 en fin d'année.

 

 

 

Chloé, 9 ans

Chloé a des difficultés relationnelles à l'école où trois camarades de classe l'ennuient surtout au moment des récréations. Elle a mal au ventre le matin, dort mal et supporte de moins en moins d'être loin de sa mère. Cela dégrade l'atmosphère familiale car les parents ne comprennent pas ce qui lui arrive même si elle a toujours été une petite fille discrète et un peu timide.

Les premières séances d'art-thérapie permettent d'abord à Chloé d'exprimer son mal-être à l'école mais cela ne soulage pas l'anxiété qui perturbe tous les jours d'école.

Différentes représentations plastiques de situation de communication face à la méchanceté d'autrui sont nécessaires pour révéler l'intensité des peurs ressenties, l'état de soumission par peur du conflit et de la violence exprimée.

Cette première étape va permettre de dire à Chloé qu'elle a le droit de réagir et de ne pas être victime de ces camarades au comportement gratuitement négatif et irrespectueux. Que sa réaction n'empêchera pas qu'elle garde des amies et l'estime de la classe ou de la maîtresse qui va être mise au courant de cette situation anormale.

Mais au fil des séances, Chloé va exprimer un mal-être beaucoup plus profond grâce à des représentations dessinées très précises, celles de situations particulières où la famille fuit la maison tandis qu'elle se retrouve seule à l'étage, coincée dans sa chambre. Cette première étape va permettre à une maman très dynamique, qui prône l'indépendance et l'autonomie, que sa fille ne peut envisager tranquillement le fait de rester seule dans sa chambre ou à la maison.

Elle va surtout favoriser une prise de conscience de situations angoissantes où la solitude est nettement traumatisante car elle fait suite à un danger (agression, incendie etc) et ne peut être exprimée, verbalisée par peur d'un rejet familial ancore plus massif.

Cette seconde étape était indispensable pour apaiser définitivement le terrain des agressions verbales scolaires afin que Chloé puisse réagir sans avoir peur des conséquences de sa réaction (solitude, rejet des autres etc). Sans l'expression des données particulières de ce terrain individuel, l'approche du contexte de violence scolaire ne pouvait être vraiment compris.

Chloé a donc pu retrouver le chemin de l'école de manière beaucoup plus détendue; elle a eu envie de partir en classe transplantée, ce qui lui paraissait impossible. Elle a également pu envisager plus sereinement le départ de sa soeur aînée en Allemagne et enfin, rester seule dans sa chambre ou à la maison et laisser sa mère partir faire une petite course.

 Julien, 9 ans

Julien est garçon très vif, intelligent et pertinent mais beaucoup trop inattentif en classe: il a sans cesse besoin du regard de la maîtresse ou de son assentiment pour travailler. Il a également toujours besoin d'être occupé, dort mal, aime les activités manuelles, sportives et créatives.

Son motif préféré est le drapeau français; ce sera une des bases de ses productions à l'atelier. Grâce à ce motif et à sa mise en lien avec d'autres productions, il s'avère que ce drapeau lui permet d'exprimer les trois pôles essentiels de son fonctionnement:

-partie bleue, toujours positive, lien indispensable avec l'élément maternel

-partie blanche: le vide

-partie rouge: l'expression de la violence, ressentis négatifs qui y sont associés

Ainsi, c'est la lecture et le développement du travail à partir de ces trois couleurs qui va permettre à Julien, au fil des séances, d'exprimer ces trois ressentis fondamentaux et les événemnts qui peuvent y être associés. Par exemple, le fait d'être isolé à son bureau devant la grande fenêtre du premier étage qui donne sur la cour, situation qui ne peut l'aider à travailler mais renforce ses blocages. Grâce à l'expression libérée et accompagnée, l'art-thérapie a donc aidé à une meilleure compréhension du fonctionnement de Julien; ce qui a permis de faire évoluer son comportement à l'école et à la maison et de modifier les attitudes éducatives qui renforçaient le terrain traumatique au lieu de le soulager.

 

Annabelle, 66 ans

Annabelle est handicapée suite à un AVC. Elle pratique la peinture dans une association. Les souffrances physiques font partie de son quotidien et pèsent souvent beaucoup sur son moral. les séances d'art-thérapie visent à:

-faire oublier les souffrances physiques liées à son état; focaliser l'attention sur les sensations de bien-être éprouvées durant l'activité artistique

-déclencher une motivation

-avoir une image positive de soi-même en réalisant des toiles de grand format car Annabelle était une femme très active aimant l'engagement et les responsabilités et qui souffre de son état d'impuissance (difficulté de mouvement et de parole)

-continuer à pouvoir faire un don de soi (les toiles peuvent être des cadeaux) sans oublier de reconnaître ses besoins en réalisant des oeuvres personnelles  car Annabelle ne sait pas suffisamment les prendre en compte et leur donner une valeur suffisante, fait dont elle souffre pourtant au quotidien dans sa situation de dépendance.

 

 

Brigitte, 44 ans

Brigitte est atteinte d'un cancer contre lequel elle a lutté plusieurs mois. L'annonce de la maladie a été un grand choc car cela s'est passé le jour de son anniversaire. De plus, les médecins ont diagnostiqué deux formes; la première ayant exigé une chirurgie lourde. En attente des derniers résultats permettant d'orienter la démarche de soin, Brigitte ressent une lassitude et une envie de calme, de sérénité qu'elle n'arrive pas à trouver. Elle est plutôt triste et négative, comme dépressive. Son état se diffuse dans sa relation de couple; elle vient à l'atelier pour s'exprimer et trouver une solution à son état. Le premier dialogue et les premières couleurs et motifs posés évoquent le terrain activé par l'annonce de la maladie et ses répercussions sur l'état actuel de Brigitte. Ainsi, l'annonce faite le jour de l'anniversaire est primordiale; il réactive l'ensemble d'un terrain où naissance, abandon et rejet de l'enfant retentissent très fortement. Les séances suivantes vont permettre à Brigitte de l'exprimer et de mieux comprendre la maladie vécue comme un traumatisme dont elle est à la fois trace et réalité.

 

Manelle, 8 ans

Manelle est suivie depuis plusieurs mois pour difficulté d'attention à l'école et sur conseil de l'ostéopathe qui notait des points de tension ou de blocage. Après de nombreuses séances où l'expression en peinture ou dessin offrait à Manelle un espace de libération des tensions internes, une étude plus précise des évaluations scolaires ont permis de noter un fait particulier: l'utilisation systématique du ç dans un exercice d'orthographe d'usage alors que Manelle connaît et sait expliquer la règle d'utilisation le concernant.

L'excès est si manifeste qu'il va servir de base à une production colorée. Manelle a choisi le dessin aux feutres qu'elle utilise souvent de manière précise et très détaillée; ses productions regorgent souvent d'informations.

Ainsi, elle va réaliser autour du ç une étoile jaune à cinq branches; sur son côté droit, celui de deux bulles contenant les noms de différentes matières scolaires: maths dans l'une, histoire/géographie dans l'autre. A partir de ces deux bulles, deux flêches se dirigent vers un petit nuage rouge où elle écrit en-dessous "mon cerveau" . Elle explique alors que c'est le ç qui lui mange le cerveau.

A ma demande, dans une deuxième production, Manelle prolonge le premier dessin toujours en utilisant les feutres de couleur. Elle commence par représenter une fille de 16 ans dont c'est l'anniversaire. Manelle raconte: " Elle est seule car tout le monde est parti se préparer. Le vendeur de serre-tête, qui a pris la place de son cousin lui saute sur le cerveau et le dévisse." Manelle représente alors le cerveau qui s'échappe et marque de manière très détaillée les yeux en forme de losange de la fille "qui a eu très très peur".

Le mauvais usage de la notion orthographique n'est donc pas un fait dû au simple au hasard, à la méconnaissance ou à l'insouciance de Manelle. La production montre que son usage systématique est dû au fait qu'il est lié à un fait traumatique dont la trace envahit le présent de Manelle et l'empêche ainsi de s'adapter à la demande de l'exercice (application simple d'une règle) et d'utiliser rationnellement ses connaissances. Une autre logique est en place; l'excès de l'utilisation du ç traduit la résonnance et la portée dans le présent qui ne peut faire autrement que de l'exprimer. La résonnance traumatique de cet épisode agressif est mise en lien avec l'état d'agitation ou de tension de Manelle.

Progressivement, Manelle montre une attitude plus posée et plus calme; l'ostéopathe a noté une baisse des tensions. La prise en charge se poursuit donc en favorisant les moyens d'expression et la communication car Manelle y est très réceptive.

Ce cas montre combien la prise en compte des différents vécus est importante, même dans des faits qui paraissent anodins. De même, elle souligne l'importance d'une communication entre différents professionnels: enseignant, ostéopathe, art-thérapeute.

 

 

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marie-reine arnaud | Réponse 11.03.2017 21.24

pourrais savoir ou m'adresser pour rencontrer un thérapeute sur ce travail

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Commentaires

11.03 | 21:24

pourrais savoir ou m'adresser pour rencontrer un thérapeute sur ce travail

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04.06 | 13:44
PRESENTATION a reçu 4
11.03 | 21:22
Cas pratiques a reçu 1
08.02 | 16:19
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